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Les éléphants disparaissent en silence, et cela en dit long sur notre relation avec la nature

Rédigé par Fondazione Capellino | 8 avr. 2026 15:50:29

Les éléphants sont des piliers de la nature qui ont survécu à des millénaires, mais ils sont aujourd’hui à bout de souffle.

On imagine souvent que leur disparition est uniquement due aux braconniers qui chassent l’ivoire. Cette réalité brutale cache pourtant un problème bien plus vaste : nous sommes tout simplement en train de leur voler leur maison.

En détruisant leurs forêts et en coupant leurs routes migratoires, nous condamnons ces géants à une errance mortelle. Leur survie ne dépend alors plus seulement de la lutte contre les trafiquants, elle dépend de notre capacité à leur laisser une place sur cette terre.

 

 

Un territoire qui part en miettes

Leur espace de vie rétrécit chaque jour à cause de l'activité humaine.

Les forêts sont rasées pour planter des cultures, les savanes deviennent des zones d'élevage et les routes coupent les chemins naturels que les troupeaux empruntent depuis toujours. Selon la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES),l'Homme a déjà transformé 75 % des terres de la PlanètePour un éléphant, fidèle aux mêmes trajets depuis des générations, tomber sur une autoroute ou une immense plantation est un piège mortel. L’Organisation des Nations Unies (ONU) confirme d'ailleurs que cette occupation massive des terres est la première cause de disparition de la vie sauvage dans le monde.

Quand la rencontre devient violente

Faute d'espace, les troupeaux finissent par entrer dans les villages pour trouver de l'eau ou de la nourriture.

Lorsqu'un agriculteur voit tout son travail détruit en une seule nuit, l’éléphant devient un ennemi à abattre pour protéger sa famille. Ces conflits humains-faune sauvage sont en forte augmentation et les représailles qui en découlent sont désormais classées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme une cause majeure de mortalité.

Créer des parcs isolés ne suffit plus. Il faut désormais imaginer des passages sécurisés pour que les animaux puissent circuler sans croiser les humains.

Braconnage : quand le clan perd sa boussole

Le trafic d'ivoire, toujours surveillé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), s'ajoute à ce manque de place.

Ce commerce est d'autant plus grave qu'il détruit toute l'organisation des groupes en ciblant les matriarches. Dans une société d'éléphants, ces femelles âgées sont les cheffes et détiennent la mémoire du clan. Elles seules savent où trouver de l'eau pendant les grandes sécheresses ou comment éviter les zones dangereuses, un phénomène démontré par l’ONG Save The Elephants.  Ainsi, tuer une matriarche revient à supprimer le guide du troupeau. Sans elle, les plus jeunes perdent leurs repères pour survivre aux moments difficiles.

Ce problème est aggravé par le changement climatique : les points d'eau disparaissent, obligeant les éléphants à errer au hasard, ce qui multiplie les risques de tomber sur des zones habitées.

Une lueur d’espoir : le projet Kilombero

Des solutions concrètes heureusement existent.

En Tanzanie, le corridor écologique des éléphants de Kilombero (KEC) montre que la cohabitation est possible. Soutenu par la Fondazione Capellino, ce projet a permis de rouvrir un passage sécurisé entre le Parc National des Montagnes d'Udzungwa et la Réserve de Nyerere (anciennement Selous).

En échange d'une aide financière et d'un accompagnement pour sécuriser leurs cultures, les villageois ont accepté de libérer ce couloir pour les animaux.

Depuis avril 2025, ce passage est officiellement protégé : les éléphants voyagent sans danger et les agriculteurs cultivent leurs terres en paix. Preuve que la coexistence entre vie sauvage et humains est, en effet, bien possible.

Des ingénieurs essentiels de la nature

Protéger les éléphants est bien plus qu’une question de sympathie. Ces animaux sont de véritables ingénieurs des écosystèmes - ils façonnent le monde autour d’eux.

En se déplaçant, ils sèment des milliers de graines dans leurs excréments, permettant aux forêts de repousser. En creusant le sol pour trouver de l'eau ou en ouvrant des sentiers dans la brousse, ils créent des ressources et des accès dont dépendent des milliers d'autres espèces, des insectes aux petits mammifères.

Si les éléphants disparaissent, c'est tout l'équilibre de la nature qui s'effondre avec eux. Les sauver, c'est décider de mettre des limites à notre propre expansion pour préserver un monde vivant. Le projet Kilombero nous montre le chemin, il est maintenant temps de l'emprunter partout ailleurs.